Réunion 30.06.11

Le petit journal n° 78 - Rencontre avec un écrivain


L'Autre est fondamentalement une énigme, comme nous le sommes d'ailleurs à nous-mêmes... L'Autre vit sa vie, c'est tout, comme on la vit soi-même.

Elisabeth Martinez-Bruncher in Alter Ego


Elisabeth Martinez-Bruncher et Jacqueline

13 lecteurs, un écrivain, pour cette dernière réunion de la saison qui nous a rassemblés chez Michèle et Jean-Pierre, à Valbelle, d'abord sur l'aire et l'herbe verte, puis à l'abri dans leur véranda pour partager les nombreux mets salés puis sucrés apportés par chacun. D'autres liber-thaires voulaient être là, ils avaient lu le roman d'Elisabeth mais, hélas, des contraintes les en avaient empêché. Ils étaient avec nous par le coeur et nous leur souhaitons un été le plus serein possible.

Une heure, et plus, de débats à bâtons rompus, avec une femme ouverte, cordiale, encore pleine de son oeuvre et qui souhaitait échanger avec son premier public puisqu'Elisabeth Martinez-Bruncher vient de voir son premier livre édité chez L'Harmattan.

Elle était coincée dans l'écriture d'un livre qui ne venait pas, lorsqu'elle s'est mis à jeter sur le papier, d'un seul jet et avec allégresse ce récit qui évoque la vie d'une femme peu ordinaire : Suzanne.

Voici ce qu'elle dit d'elle même:
Je buvais la vie par tous les pores. Je me sentais bien installée dans le monde, avec un statut social reconnu, un salaire, modeste certes mais suffisant, et un pouvoir d'attraction réel, dû à ma jeunesse, à la beauté qu'elle entraînait et surtout dû à la conscience d'échapper à toute servitude. Cet élan constant vers la liberté a été fondateur de mes choix, il m'a empêchée d'être dominée par les circonstances, les traditions et les hommes. Puissante.

Ce sont ces paroles et le destin de l'héroïne à la fois singulier et universel, de l'enfance fondatrice, des désirs assumés, de l'abandon aux rencontres et au hasard qui ont plu à Jacqueline qui a exactement l'âge de l'héroïne et qui a aimé la manière qu'elle a eu de vivre, d'aimer jusqu'au bout et surtout d'être libre.

Nous avons retrouvé, dans l'évocation de ce destin toutes nos expériences de vie : la peur d'avoir un enfant non désiré, les luttes pour le droit à la contraception et l'avortement, le retour aux valeurs rurales et libertaires, le courant soixante-huitard, les luttes et l'émancipation des femmes qu'il faudrait peut-être bien remettre à l'ordre du jour (Claude).

Noëlle a apprécié l'histoire de Laure et de son père : ce serait bien que tout le monde ait un père comme lui, capable d'intervenir et de venger sa fille, abusée par un vieux salopard.

Martine a bien aimé ce défilé d'amoureux, de belles images d'hommes, tous différents mais attachants. Par contre elle a été un peu plus réticente sur les quatre ans de réclusion de Suzanne dans un monastère, même si elle comprend le désir de ressourcement.

Elisabeth confirme qu'elle suivait son personnage principal et que c'est lui qui définissait au fur et à mesure ses priorités et ses choix. Là, Suzanne, après bien des aventures de vie, était à un âge où elle avait besoin de faire le point. Et l'auteur avec elle. Et puis il y avait l'intérêt de l'histoire dans l'histoire avec les confidences de soeur Henriette, un autre destin de femme, extraordinaire aussi !

Domy qui aime les sagas et les livres fleuves, a regretté que chaque histoire ne soit pas plus développée, il y avait pourtant matière à cela. Mais Elisabeth a dit qu'elle avait choisi l'urgence, un monologue thérapeutique pour l'amie qui va mal et ça ne supportait pas de longues digressions. C'est un choix d'écriture.

Claude a regretté un peu aussi que priorité soit donnée à Suzanne, par un long monologue et qu'Isa, le personnage en perdition, à qui elle s'adresse, s'exprime si peu. Isa aurait-elle quelque chose à voir avec Elisabeth ? L'auteur se glissant non à la place du narrateur mais d'un personnage ? La réponse d'Elisabeth fut non, pas vraiment, même si je ressens parfois vis à vis de Suzanne les même sentiments que Lisa.

Le personnage de Suzanne m'a été inspiré par plusieurs personnes que j'ai connues, j'ai tricoté tous ces éléments pour donner vie à ce personnage qui a été un témoin des années assez extraordinaires que nous avons traversées, comparées à celles d'aujourd'hui plus tristounettes et en retrait. Des années fertiles dont j'ai voulu laisser la trace au travers de la liberté de mon personnage.

Violette, Annie ont dit le plaisir qu'elles avaient eu à lire ce roman. Certaines ont fait dédicacer le livre qu'elles avaient tenu à acheter. Amèle, qui ne l'avait pas encore lu, a dit qu'elle avait hâte de le faire. Michèle et Jean-Pierre, qui connaissent bien Elisabeth et qui avaient lu le livre les premiers ont gardé une délicate réserve pour ne pas influencer le groupe.

Elisabeth a paru très contente de ces échanges constructifs : pas de consensus mais de vraies réactions, souvent encore à chaud, qui la confirment dans la volonté de se consacrer à l'écriture et en particulier à ce nouveau texte, qui était en panne et qu'elle a enfin pu terminer après l'écriture d'Alter ego.

Une belle soirée, qui s'est prolongée, pour certains assez tard, sous la véranda et avec en bouche le parfum d'absinthe d'un alcool fait maison, proposé par Jean-Pierre.

Une partie du groupe dans le jardin de Michèle et Jean-Pierre

 

Voilà, la saison est terminée . Bel été : ressourcez- vous bien et lisez de bons livres !

La rentrée de Liber-thé se fera vraisemblablement le jeudi 29 septembre aux Mées

Pour la rencontre avec Claudie Gallay, Sylvie Germain et Véronique Ovaldé, sur le thème de "La création de personnages"les contacts sont pris : on attend les réponses

 


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